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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 18:54
Les « collectifs anti-libéraux »

 

Marqués par le mauvais score du parti en 2002, de nombreux communistes ont été séduits par la stratégie des « collectifs anti-libéraux ». La direction du parti présentait cette orientation comme un moyen d’élargir la base électorale du parti et de reconquérir ainsi du terrain perdu. Cependant, de manière générale, les collectifs n’ont pas mis le parti en contact avec une couche plus large de la population, mais seulement avec une flopée bigarrée d’ex-communistes, d’ex-socialistes, de gauchistes divers et autres « indépendants » plus ou moins petits-bourgeois, qui n’ont apporté au mouvement que démoralisation et confusion.

Lors de la consultation des collectifs, une très nette majorité s’est dégagée en faveur de la candidature de Marie-George Buffet (62%). Ceci n’avait rien d’étonnant, puisque le PCF constituait la colonne vertébrale des collectifs, à l’échelle nationale. Le score de notre candidate aurait pu être beaucoup plus important, d’ailleurs, car seule une petite minorité des militants communistes ont participé au vote. Mais de leur côté, Bové, Autin, Salesse et la LCR ne voyaient dans les « collectifs » qu’un moyen de mettre le PCF à la remorque de leurs propres ambitions politiques. Jamais ils n’auraient accepté de mener campagne pour un candidat issu du PCF. Marie-George Buffet ne faisait pas « consensus », disaient-ils. Le PCF « passait en force ». Cette idée a été largement relayée par les médias, dans le but de discréditer le parti. Mais il faut reconnaître que la direction du parti a commis une faute grave en acceptant la règle du soi-disant « double consensus ». Cette méthode anti-démocratique donnait à une petite minorité la possibilité de bloquer la candidature majoritaire.

Pour le parti, le bilan de cette opération fut négatif. Le fait d’avoir longtemps laissé planer un doute sur une candidature PCF a désavantagé le parti lors des élections. Trop de temps a été perdu à tourner en rond avec ces soi-disant « anti-libéraux » – dont beaucoup étaient surtout « anti-PCF ». On ne peut s’empêcher de penser que si, dès le départ, le temps et l’énergie du parti avaient été consacrés à mener campagne autour de sa propre candidature, il aurait réalisé un meilleur score au moment des élections.

Désormais, le parti doit toujours se présenter aux élections sous son propre nom, élaborer et défendre son propre programme et mener campagne autour de ses propres représentants. Ceci n’exclut pas des alliances, des désistements ou éventuellement des listes communes avec d’autres partis de gauche. Mais le parti doit conserver la maîtrise des combats qu’il mène et avancer sous ses propres couleurs.
 

Alliances électorales et
participation gouvernementale

 

 

De manière générale, il est préférable de mener campagne autour des candidats du parti – et, bien sûr, sur la base du programme du parti. Ceci dit, lorsqu’une liste commune apparaît comme le seul moyen d’assurer la défaite de la droite, il faut envisager cette possibilité. C’est une question d’ordre tactique, et non de principe. Cependant, la présentation de listes commune avec le PS ne doit en aucun cas empêcher le PCF de défendre sa propre politique et de se démarquer du PS. En cas d’alliance, se dissocier du réformisme du PS est non seulement autorisé, mais c’est même le devoir du PCF. Or ceci est impossible tant que les idées et le programme du PCF sont eux-mêmes réformistes. Ce ne sont pas les alliances et les accords ponctuels avec le PS qui ont fait « perdre son âme » au PCF, mais le caractère réformiste de son propre programme et la tendance à réaliser n’importe quel compromis pour obtenir des sièges.

Si le PCF devait accepter de participer à un gouvernement sur la base du programme actuel du PS, il se mettrait dans une situation extrêmement compromettante. Il serait associé à la politique mise en œuvre, et retomberait dans le même piège qui l’a mené à la débâcle de 2002. Si, entre 1997 et 2002, le PCF avait eu les mains libres, il aurait pu soutenir les mesures du gouvernement Jospin qui allaient dans le bon sens, tout en luttant énergiquement contre toutes celles qui allaient dans le mauvais. Dès lors, son électorat ne l’aurait pas sanctionné au profit de l’extrême gauche ou de l’abstention, comme il l’a fait en 2002.

On oppose à cette idée l’argument qu’il faut présenter le PCF comme un « parti de gouvernement », et non comme une simple force de « contestation ». Mais il ne s’agit pas d’exclure d’avance toute participation gouvernementale. Le PCF peut expliquer qu’il est parfaitement disposé à participer au gouvernement avec le PS, à condition que ce gouvernement prenne des mesures décisives pour briser le pouvoir des capitalistes et améliorer sérieusement les conditions de vie de la majorité. Par contre, l’entrée du PCF dans un gouvernement « de gauche » qui privatise à tour de bras, comme celui de 1997-2002, est une option qui doit être totalement exclue.

Alliances avec le Modem

 

Malheureusement, les sphères dirigeantes du PCF ont été contaminées par le même opportunisme que les dirigeants du PS. Cela a été amplement démontré par l’implication de nombreux candidats du parti sur des listes communes PS-PCF-Modem aux élections municipales, et par le refus de la direction nationale du parti de condamner cette dérive. Clairement, pour certains dirigeants, tout ce qui importe, c’est d’obtenir des sièges – et peu importe comment !

Au lendemain des législatives, le PCF a condamné, à juste titre, la dérive « centriste » du PS. Mais que doivent penser les travailleurs quand, quelques mois plus tard, ils s’aperçoivent que les candidats du PCF sont tombés dans la même dérive ? Nous voulons tous que le parti remporte des élections et obtienne des sièges, aux élections municipales comme à toutes les élections. Mais ce ne doit pas être à n’importe quel prix. En aucun cas le PCF ne devrait accepter de figurer sur les mêmes listes que le Modem. C’est une forme de collaboration de classe – elle doit être rejetée sans appel.

Une politique internationale incohérente

 

La politique étrangère de la direction actuelle du parti souffre des mêmes incohérences que sa politique nationale. La France est impliquée dans une guerre impérialiste en Afghanistan, aux côtés des forces armées américaines. Mais il a fallu attendre le mois d’août 2008 – sept ans après le début de la guerre – pour que la direction du parti demande le retrait total des troupes sur place. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elle avait apporté son soutien à la participation de la France à la coalition impérialiste, à l’époque du gouvernement Jospin, en 2001.

De nombreux militants sont également choqués par l’attitude distante des dirigeants du parti à l’égard de Cuba. L’abolition du capitalisme à Cuba fut l’un des plus grands événements du XXe siècle. Elle a ouvert la voie à une transformation radicale des conditions d’existence des travailleurs et des paysans cubains. L’illettrisme a été rapidement éradiqué. La révolution a établi les conditions d’immenses progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et des conditions de vie des masses. Pour la première fois, la masse de la population a pu s’ouvrir à l’art et la culture. Tel est le « crime » que les impérialistes ne pourront jamais pardonner à Cuba. Ils ont utilisé toutes sortes de méthodes crapuleuses pour détruire cette révolution.

Dans ce combat, le PCF ne peut bien évidemment pas rester neutre. Nous sommes aux côtés de Cuba contre l’impérialisme américain. Nous soutenons un pays qui a éliminé l’illettrisme et où le système de santé est de loin le plus avancé de toute l’Amérique latine. Ceci a été accompli grâce à la planification des ressources et à l’abolition de l’anarchie du marché capitaliste. Cuba est une référence pour tous les peuples de l’Amérique latine. Voilà ce que les impérialistes ne peuvent tolérer. Ils veulent écraser Cuba, car ce pays incarne l’idée qu’il existe une alternative à l’économie capitaliste, que le marché n’est pas le seul système économique possible. C’est pour cela qu’ils veulent détruire toutes les conquêtes de la révolution cubaine. Et il existe un risque sérieux qu’ils y parviennent.

Si la révolution cubaine était liquidée, comme ce fut le cas en Russie, cela aurait d’abord un effet démoralisateur sur les travailleurs, la jeunesse et les paysans de toute l’Amérique du Sud – et même à l’échelle mondiale. A l’inverse, la régénérescence de la révolution cubaine et la victoire de la révolution vénézuélienne transformeraient complètement la situation internationale.

Malgré toutes les difficultés qui existent à l’heure actuelle, Cuba a pu envoyer 15 000 docteurs et infirmiers participer au programme de santé publique mis en place par Chavez au Venezuela. Combien de médecins la France aurait-elle pu envoyer, si son gouvernement en avait eu l’intention ? Ainsi, quoi qu’en dise la propagande impérialiste contre Cuba et son gouvernement, nous avons sur cette île isolée la preuve concrète et irréfutable des énormes avantages économiques et sociaux de la nationalisation des moyens de production.

Les problèmes auxquels Cuba est confrontée ne viennent pas de la propriété d’Etat des moyens de production. Ces problèmes viennent de l’isolement de la révolution. La solution réside dans l’extension de la révolution au reste de l’Amérique latine, d’où l’importance cruciale des mouvements révolutionnaires au Venezuela, en Bolivie et ailleurs en Amérique latine.

 

Trois orientations fondamentales

 

 

Depuis de nombreuses années, la direction « dirige » le parti de recul en recul, sur tous les plans : implantation électorale, effectifs, enracinement syndical, ressources financières, moyens d’action et de propagande, etc. Ce déclin s’est accompagné d’une chute de l’autorité politique de la direction et d’un processus de dislocation du parti.

 

Une direction qui a  cautionné des privatisations massives et qui ne remet plus en cause la propriété capitaliste ne peut manquer de susciter des oppositions. Le virage vers le réformisme « anti-libéral » et le point d’interrogation qui plane encore sur l’existence même du parti suscitent une vive inquiétude chez de nombreux militants. L’idée qu’il faut rompre avec le réformisme anti-libéral et revenir aux idées fondamentales du communisme gagne du terrain.

 

De manière générale, trois grandes orientations politiques se sont cristallisées dans le parti, au cours de la dernière période. La première est celle des « liquidateurs ». Comme l’a clairement montré l’Assemblée extraordinaire de décembre dernier, cette tendance est très minoritaire au niveau des sections et cellules du parti. Elle bénéficie d’une sur-représentation flagrante dans ses instances dirigeantes. Pour les représentants de ce courant, le communisme est irrévocablement discrédité. Il faut inventer « autre chose » . En substance, ils disent la chose suivante : puisque le parti a tourné le dos au communisme, puisqu’il ne vise plus la conquête du pouvoir par les travailleurs et le renversement du capitalisme, puisqu’il a rallié l’économie de marché, il devrait assumer pleinement cette « mutation » et ne devrait plus s’appeler « communiste ». Si cette tendance devait atteindre ses objectifs, ce serait la fin du PCF. Ce n’est pas un hasard si la presse capitaliste lui accorde une couverture médiatique de premier choix.

 

La deuxième orientation, dans le parti, est celle qui pour le moment recueille l’adhésion de la majorité, dans les instances dirigeantes. Pour les partisans de cette orientation, le programme du parti – dont ils sont les architectes – doit conserver son caractère réformiste. Sur ce point, il n’existe aucune divergence significative entre eux et les « liquidateurs ». Cependant, ils s’opposent à la dissolution du parti et à l’abandon de son nom – pour le moment.

 

Il existe enfin une troisième orientation, qui s’oppose à la dilution réformiste du programme du PCF et dans laquelle s’inscrivent les signataires de ce texte. Nous considérons que si le PCF s’installait définitivement dans une politique d’adaptation au système capitaliste, il ne pourrait prétendre à un autre rôle que celui de cinquième roue de la social-démocratie, et perdrait encore du terrain. Nous nous opposons catégoriquement à la dissolution du parti comme à l’abandon de son nom. En ceci, nous sommes en phase avec l’écrasante majorité des adhérents du parti. Mais nous insistons également sur la nécessité de mettre le programme du parti en conformité avec son nom. Nous voulons doter le parti d’un programme clairement communiste et révolutionnaire.

Le marxisme

 

La lutte des classes doit être menée sur plusieurs plans. Il y a la lutte syndicale et « économique » pour de meilleurs salaires et conditions de travail. Il y a la lutte politique, la lutte électorale, ou encore la lutte pour la défense et l’extension des droits démocratiques. Parmi les aspects les plus importants de cette lutte, il y a le combat pour la régularisation des sans-papiers et le droit de vote des étrangers, combat dans lequel le PCF est fortement impliqué. Il y a la lutte pour construire et renforcer les syndicats, le parti, etc. Toutes ces formes de lutte sont indispensables et très importantes. Mais il y a aussi une autre facette de la lutte des classes qui est d’une importance absolument décisive. Il s’agit de la lutte idéologique, la lutte pour les idées, pour la théorie. Nous négligerions cette lutte à notre péril. Et la vérité, c’est qu’elle a été gravement négligée, voire presque complètement abandonnée, dans le parti, et ce depuis de nombreuses années.

Que pense la direction du PCF de la révolution russe ? Quelle est son appréciation de l’évolution de la Chine ? Est-elle d’accord avec la théorie marxiste de l’Etat, le matérialisme dialectique, la théorie économique de Marx ? Quelles sont, de son point de vue, les perspectives pour Cuba ou la révolution vénézuélienne ? Comment explique-t-elle la dégénérescence bureaucratique de l’URSS et son effondrement ultérieur ? La direction nationale du parti n’apporte aucune réponse à ces questions – ni à des dizaines d’autres du même ordre. Et on peut difficilement éviter l’impression qu’elle ne se les pose même pas.

 

Prenons, à titre d’exemple, la question de la dégénérescence bureaucratique de l’URSS et de son effondrement. Cette expérience historique colossale, qui a marqué l’histoire de son empreinte pendant plusieurs générations, a besoin d’être sérieusement analysée et expliquée.

 

Les dirigeants du parti ont beau « tourner la page » et oublier le stalinisme, cette question ne cesse pas pour autant d’être un facteur déterminant dans la conscience politique des travailleurs et des jeunes. Aujourd’hui encore, les crimes du stalinisme constituent l’un des arguments les plus puissants contre le communisme. Les capitalistes et leurs idéologues exploitent à fond ces crimes pour discréditer le communisme et le PCF.

 

La révolution russe elle-même, cette magnifique lutte contre l’oppression et la guerre, est extrêmement riche en enseignements. Mais l’étude des causes profondes de l’instauration progressive d’un régime totalitaire nous apprend également beaucoup. Compte tenu de l’isolement de la révolution dans un pays extrêmement arriéré, ravagé par la guerre civile et par l’intervention militaire de plus d’une vingtaine de puissances étrangères, les révolutionnaires de 1917 n’ont pas pu empêcher le triomphe de la bureaucratie. Lénine n’imaginait pas un seul instant pouvoir résoudre les problèmes auxquels la révolution était confrontée sans son extension rapide à travers le continent européen. Des centaines de milliers de communistes, dévoués corps et âme à la cause de la classe ouvrière, ont tenté de résister à la bureaucratisation du régime et l’ont payé de leur vie. Mais tant que le parti n’aura pas expliqué cette dégénérescence d’un point de vue marxiste, on ne convaincra jamais la jeunesse que le communisme ne porte pas en lui le germe du totalitarisme.

Longtemps, l’étude de la théorie, l’élaboration de perspectives et les questions de programme ont occupé une place centrale dans la vie du parti. Cette tradition a été largement perdue. Or, le redressement du PCF passe nécessairement par un retour aux idées fondamentales du marxisme, dans toute leur richesse. Le marxisme n’est pas la doctrine stérile et figée que décrivent ceux qui veulent le discréditer. Tous les communistes devraient s’intéresser aux questions de théorie, devraient s’efforcer de comprendre le marxisme, à commencer par les « classiques » de Marx et Engels.

Sans une attitude sérieuse envers des questions de théorie, il ne sera pas possible d’assurer le réarmement politique des communistes et de développer le parti authentiquement révolutionnaire dont nous avons besoin. Il ne s’agit pas d’un exercice académique. Il n’y a pas d’action révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. La théorie est un guide pour l’action.

Réforme ou révolution

 

Marie-George Buffet avait raison de dire, au lendemain de la défaite de 2002, que le PCF avait reculé parce qu’il était allé « de compromis en compromis, de renoncement en renoncement ». Nul ne peut sérieusement douter que la participation du PCF au dernier gouvernement de gauche et la soumission de sa direction à la politique pro-capitaliste de Jospin, y compris les privatisations et les interventions militaires aux côtés de l’impérialisme américain (Serbie, Afghanistan), ont porté gravement préjudice à sa crédibilité auprès de ses sympathisants et électeurs, tout en semant la désorientation et la démoralisation dans ses propres rangs. Mais cette politique de compromis et de renoncement n’a pas été abandonnée depuis, bien au contraire.

Contrairement à un préjugé largement répandu, le marxisme n’oppose pas la lutte pour des réformes à la révolution. Sans la lutte quotidienne pour défendre nos acquis et en conquérir de nouveaux, le socialisme serait impossible. Pour Marx, Engels et Lénine, la participation à la lutte pour des réformes, pour arracher des concessions à l’adversaire capitaliste, était non seulement autorisée, mais considérée comme un devoir absolu. Cependant, ils considéraient les acquis et les sauvegardes arrachés de cette façon comme autant de « sous-produits », pour reprendre leur expression, de la lutte révolutionnaire pour la conquête du pouvoir. La caricature stupide selon laquelle les révolutionnaires, à la différence des réformistes « pragmatiques », ne s’intéresseraient pas aux questions immédiates et se contenteraient d’attendre, les bras croisés, l’avènement du « grand soir », n’a rien à voir avec le marxisme.

Ce n’est pas le lieu, ici, de présenter un programme complet et détaillé de revendications correspondant aux nombreux fronts sur lesquels nous devons nous battre au quotidien. Mais quelques-unes de ces revendications seraient, par exemple :

a) La défense du pouvoir d’achat, notamment par l’indexation des salaires et des retraites sur l’évolution des prix. Cette évolution doit être évaluée par les syndicats et les organisations de consommateurs. Relèvement du SMIC (1500 euros nets) et des minima sociaux. Aucun salaire inférieur au SMIC ne doit être autorisé. Les minima sociaux doivent être garantis à toutes les personnes sans ressources, sans exception.

b) La défense de l’emploi. Les 35 heures doivent être maintenues et étendues, les heures supplémentaires strictement limitées. Opposition à la réduction des effectifs dans les administrations et les services publics, dans l’Education nationale, les hôpitaux, etc. Lancement d’un vaste programme de travaux publics pour répondre aux besoins en matière d’infrastructures sociales et de logements. Opposition à tous les projets de fermeture ou de suppressions d’emploi dans le secteur privé, y compris par l’occupation des entreprises et la lutte pour leur nationalisation sous le contrôle et la gestion des travailleurs, sans indemnisation des capitalistes.

c) Les retraités doivent pouvoir vivre dignement. Retraite décente et garantie pour tous au plus tard à 60 ans, indépendamment du nombre d’annuités. Aucune retraite ne doit être inférieure au SMIC.

d) La santé publique ne doit pas être une source de profit, ni un terrain où se développe la concurrence. L’industrie pharmaceutique, ainsi que les fournisseurs d’équipements médicaux, les cliniques, les hôpitaux, etc., doivent être nationalisés et intégrés au service public de santé. Les soins doivent être pris en charge à 100%.

e) Pour une éducation publique, gratuite et de qualité. Opposition à la réduction des effectifs, aux restrictions budgétaires et à toutes les mesures qui vont dans le sens d’une privatisation des universités.

f) Un logement pour tous. Extension massive du parc de logements sociaux, par la construction, mais aussi par l’expropriation de logements locatifs dans le secteur privé, notamment par la nationalisation des grandes entreprises du bâtiment et les sociétés financières qui organisent la spéculation immobilière. Gel de tous les loyers. Opposition aux expulsions. Aucune famille ne doit se trouver dans la rue, faute d’argent.

g) Opposition à toutes les formes de discrimination raciale. Régularisation des sans-papiers. Fermeture des centres de rétention. Mettre fin au harcèlement policier et administratif des « étrangers ». A tous les scrutins nationaux et locaux, droit de vote de tous les étrangers séjournant et domiciliés sur le territoire national depuis 1 an.

Si le PCF n’avait pas un programme de revendications « immédiates » de ce type, et s’il n’expliquait pas son point de vue sur toutes les questions de société qui touchent de près ou de loin aux conditions de vie des gens, il se condamnerait évidemment à l’impuissance. Les communistes sont en première ligne de tous les combats pour loger des dizaines de milliers de « sans domicile fixe » qui dorment sous des tentes, dans des abris de fortune ou sur le pavé. Les communistes luttent pour la défense des acquis et l’amélioration des conditions de vie des salariés, de la jeunesse, des chômeurs et des retraités. Ils luttent au quotidien contre les discriminations raciales. Ils savent que les travailleurs « immigrés » servent de boucs émissaires pour tous les maux engendrés par le système capitaliste. Personne ne suggère de rester les bras croisés, en se limitant à l’affirmation de la nécessité du socialisme. Par contre, il faut toujours affirmer et expliquer cette nécessité, en la mettant en rapport avec les luttes immédiates et « concrètes ». Le programme général du parti a une fonction éducative, pédagogique. Il doit viser à inculquer aux travailleurs l’idée qu’ils peuvent et qu’ils doivent devenir les maîtres de la société, de l’économie et de l’Etat.

Il faut distinguer entre le réformisme et la lutte pour défendre et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Ce sont deux choses différentes. Les communistes doivent bien évidemment participer à toutes les luttes qui s’engagent contre les inégalités et contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression. Mais, à la différence des réformistes, ils ne doivent pas se limiter à de simples réformes et perdre de vue leur objectif principal : le renversement du capitalisme.

Concrètement, on ne pourra briser l’emprise des capitalistes sur l’économie que par la nationalisation (ou « socialisation ») de l’industrie, des services et de la grande distribution, ainsi que de toutes les banques, des compagnies d’assurances et des organismes de crédit. Les travailleurs devront contrôler démocratiquement les entreprises nationalisées. Cet objectif doit occuper une place centrale dans la propagande des communistes. Il doit être patiemment expliqué à l’ensemble des travailleurs, non pas sèchement et abstraitement, mais en rapport direct avec leurs préoccupations et luttes immédiates. De manière générale, le PCF devrait connecter l’ensemble de ses revendications et mots d’ordre à cet objectif stratégique global. Même les luttes défensives doivent être liées à l’objectif du socialisme. Face à la démolition systématique de toutes les conquêtes sociales du passé, la lutte pour la défense des acquis et pour de nouvelles concessions est inextricablement liée à la nécessité de renverser l’ordre capitaliste.

L’expropriation des capitalistes signifierait que les gigantesques ressources économiques du pays pourraient être orientées vers la satisfaction des besoins sociaux, au lieu de servir à l’enrichissement d’une petite minorité. Les nationalisations du passé, comme celles réalisées sous Mitterrand, ne concernaient qu’une fraction de l’économie (20%), laissant sa majeure partie entre les mains des capitalistes. Par ailleurs, les travailleurs n’avaient pas le contrôle des entreprises nationalisées, dont le fonctionnement et les objectifs ne se distinguaient en rien de ceux des entreprises du secteur privé. La corruption des dirigeants du Crédit Lyonnais et d’Elf-Aquitaine en est l’exemple le plus criant. Aujourd’hui encore, la Caisse des Dépôts a beau être une institution de l’Etat, elle est propriétaire d’un nombre important d’entreprises capitalistes, ce qui ne fait que souligner l’enchevêtrement complet des institutions de l’Etat et des intérêts de la classe dirigeante.

Le socialisme ne se réduit pas à la propriété d’Etat. C’est une forme de société dans laquelle toutes les grandes entreprises, l’ensemble du système bancaire et toute l’administration publique – c’est-à-dire la direction de l’Etat – sont soumis au contrôle démocratique des travailleurs, à tous les niveaux. C’est la seule façon d’instaurer une planification rationnelle et démocratique de l’économie nationale, au bénéfice de l’ensemble de la société.

Bien évidemment, un tel programme révolutionnaire ne sera pas immédiatement compris et accepté par tous les travailleurs et toute la jeunesse. Le salariat n’est pas politiquement homogène. Dans toutes les périodes historiques « normales », c’est-à-dire non-révolutionnaires, la grande majorité des jeunes et des travailleurs demeurent politiquement inertes et passifs. Mais l’« avant-garde », qui est composée des éléments les plus conscients et les plus actifs, tire plus rapidement des conclusions révolutionnaires de son expérience. Si un programme communiste est correctement expliqué, en s’appuyant sur l’expérience collective et pratique des travailleurs eux-mêmes, il obtiendra l’adhésion d’une fraction importante de la couche la plus consciente, la plus avancée et la plus militante des travailleurs et de la jeunesse. Et à travers elle, il prendra profondément racine dans l’ensemble de la classe ouvrière.

On voit ici l’importance cruciale des perspectives, sans lesquelles on risque de tomber dans une capitulation opportuniste aux « réalités » du présent – notamment à des fins électorales. On entend souvent que des idées vraiment communistes, qui affichent clairement des objectifs révolutionnaires, ne sont pas « pratiques ». Elles sont « abstraites », dit-on. Il y a une certaine vérité dans cette affirmation, puisque, par définition, un programme révolutionnaire ne peut être mis en œuvre que dans une situation révolutionnaire. Mais tout en luttant dans le présent, un parti communiste se doit de préparer l’avenir. Tôt ou tard, sous l’impact des événements et dans le contexte de confrontations majeures entre les classes, les couches du salariat jusqu’alors relativement inertes se trouveront, elles aussi, brusquement projetées dans la lutte.

Telle est l’essence d’une situation révolutionnaire. Une révolution se caractérise par l’entrée en action de la masse de la population. On le voit actuellement au Venezuela et en Bolivie. Dans les années à venir, l’extrême instabilité sociale qui caractérise l’ensemble de l’Amérique latine gagnera l’Europe. En France, nous l’avons dit, les capitalistes et leurs représentants au gouvernement imposent la régression sociale permanente. Dans leur tentative de rétablir un équilibre économique, ils aboutiront à la destruction de l’équilibre social et politique sur lequel repose la stabilité de l’ordre établi.

A un certain stade, une explosion de la lutte des classes à une échelle massive est inévitable. Dans ce contexte, un programme révolutionnaire – jusqu’alors jugé trop radical et trop extrême par nombre de travailleurs – gagnera le soutien enthousiaste de larges couches de la population. Dans une révolution, la conscience des travailleurs progresse à une vitesse vertigineuse. Il faut s’y préparer. Pour ce faire, les communistes doivent dès aujourd’hui gagner les éléments les plus conscients de la jeunesse et du salariat au programme de la révolution socialiste. Sans cela, la crise révolutionnaire en cours de maturation risque de prendre le parti au dépourvu.

Le programme du PCF doit être une arme pour aider les travailleurs et les jeunes à se préparer consciemment au développement d’une situation révolutionnaire qui leur offrira l’occasion d’en finir une fois pour toutes avec le système capitaliste.

L’avenir du parti

 

Malgré les difficultés qu’il a connues au cours de la dernière période, le parti occupe une place très importante – et potentiellement décisive – dans le mouvement ouvrier français. Il a une longue tradition de lutte et de résistance à l’oppression. Il dispose d’énormes réserves sociales, ce qui explique toute la propagande hostile et mensongère dont il est l’objet, de la part des médias et de tous les représentants de la société « officielle ». Dans la conscience collective de plusieurs millions de travailleurs, le PCF demeure une force et un allié dans la lutte contre les innombrables injustices et oppressions que leur inflige le capitalisme. Le virage droitier de la direction du Parti Socialiste renforce encore les perspectives de développement du PCF – du moins potentiellement.

Notre parti peut devenir, doit devenir une force sociale et politique extrêmement puissante. De grandes perspectives s’ouvrent à nous. Mais pour qu’elles se réalisent, il est absolument indispensable de rompre avec la politique insipide du réformisme « antilibéral » et de renouer avec les traditions militantes et révolutionnaires de notre passé – c’est-à-dire avec les idées du marxisme. Le Parti Communiste doit redevenir un parti révolutionnaire, dans son programme, dans son action et dans son tempérament. Sur cette base, il regagnera progressivement sa position de parti des éléments les plus combatifs de la jeunesse et des travailleurs. Il retrouvera ses relais et son enracinement massif dans le mouvement syndical et les quartiers populaires.

Face au désastre social provoqué par le capitalisme, des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs cherchent des idées sérieuses, un programme qui offre une véritable alternative au système actuel. Le capitalisme n’offre plus d’autres perspectives que la régression, le déclin, la crise permanente, la destruction des conquêtes sociales. Aucune société ne peut continuer indéfiniment sur cette pente. Le socialisme n’est donc pas une utopie, mais une nécessité. La tâche primordiale des communistes est de donner une expression concrète à cette nécessité dans le programme, la théorie et la pratique du parti.

 

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 00:26
 

- Les députés PS et Verts ont décidé de s'abstenir, mercredi après-midi, lors du vote en première lecture sur le projet de loi généralisant le Revenu de solidarité active (RSA), dont ils contestent le financement.

De leur côté, les députés PCF ont annoncé à l'AFP qu'ils voteraient finalement contre le texte.

La position des élus socialistes a été arrêtée "à l'unanimité" mercredi matin en réunion de groupe, a-t-on indiqué au groupe.

L'abstention des députés PS, qui approuvent le principe du RSA, est principalement motivée par le refus du gouvernement et de la majorité de revenir sur le "bouclier fiscal", qui plafonne les impôts directs à 50% des revenus.

Le RSA, qui vise à remplacer le RMI, doit être financé par une nouvelle taxe de 1,1% sur les revenus du capital, qui doit rapporter 1,5 milliard d'euros. Le gouvernement a refusé d'exclure cette taxe du bouclier fiscal.

"Le RSA est un outil d'incitation au retour à l'emploi. Mais le gouvernement a eu recours au pire symbole de l'inégalité en excluant les bénéficiaires du bouclier fiscal de cette taxe. Il a donc signé l'impossibilité pour l'oppositon d'accepter ce texte", a déclaré à l'AFP Christophe Sirugue (PS). Une position partagée par les quatre députés Verts.

De leur côté, les élus communistes ont décidé de voter contre le texte.

Outre "l'injustice flagrante" du financement du RSA et "l'absence de solidarité nationale", Roland Muzeau (PCF) estime que ce texte va également "renforcer la précarité au travail" et "entraîner une pression sur les bas salaires".

Alors que le "père" du RSA, Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives, avait espéré un vote unanime de l'Assemblée nationale sur son texte, seuls les députés de la majorité UMP et Nouveau centre) devraient donc finalement l'approuver.

L'Assemblée nationale a achevé dans la nuit de mardi à mercredi l'examen du texte sur le RSA, qui avait débuté le 25 septembre.

Il est à noter qu'une fois de plus les médias ont omis dinformer sur le vote des élus du PCF malgré les communiqués de presse et déclarations pourtant repris par l'AFP.

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 00:24

L’entrepreneur, le travailleur, le marché et la Bourse

Par Jean-Luc Gréau, économiste indépendant (*).

Le discours de Toulon a résonné dans le débat politique français comme l’aveu explicite que l’expérience néolibérale avait conduit les économies et les peuples sur un chemin dangereux, au risque d’une dépression historique. Il doit être salué à ce titre, en tant que dévoilement de la vérité.

Son énoncé précis laisse cependant l’analyste économique et politique sur sa faim. Car pourfendre le capitalisme financier spéculatif et les agissements cyniques qu’il favorise ne nous dit rien de ce qui s’est passé vraiment au cours de ces trente dernières années, de ce qui se passe exactement en ce moment, de ce qui pourrait se passer si les opérations de sauvetage du système du crédit devaient échouer. Le discours de Toulon laisse d’abord dans l’ombre la nature même de l’expérience qui a consisté à subordonner les marchés économiques et leurs acteurs, les entrepreneurs, aux marchés financiers et à leurs opérateurs, les traders. Il oublie de signaler aussi que les marchés financiers ont pris le pouvoir en alignant leurs comportements sur celui d’un marché de référence qui s’appelle la bourse. La crise financière est hors de portée intellectuelle si l’on omet de prendre en compte cette double transformation qui a changé la face et le contenu du système capitaliste.

En effet, au moment où le mur de Berlin tombe, le capitalisme qui triomphe a cessé d’être le capitalisme d’après-guerre, qui avait su se guérir de ses plaies historiques pour en inventant un modèle socio-libéral efficace, prospère et relativement juste. C’est un capitalisme réorganisé, à l’initiative de la finance anglo-américaine précisément, pour annihiler le modèle d’après-guerre. Il consiste à développer partout dans le monde occidental et les pays émergents des économies soumises à la gouvernance de marchés spécifiques qui ont nom la Bourse, le marché du crédit, le marché des devises et le marché des matières premières. Le marché boursier, dominé par les fonds de placement collectif, s’assigne la tâche de juger et sanctionner les entreprises comme un maître d’école juge ses élèves. Parallèlement, les marchés du crédit prennent leur essor sur la base de ce qu’on appelle la « titrisation », c’est-à-dire la faculté pour les prêteurs de se défausser du risque qu’ils ont pris, en cédant leurs créances à d’autres financiers, qui vont jouer avec elles comme s’il s’agissait d’actions en Bourse. Simultanément, les monnaies des différentes nations engagées dans le commerce international, n’étant plus assujetties à des parités fixes déterminées par les États, sont soumises à la cotation quotidienne de traders spécialisés. Enfin, selon un processus irrésistible, l’intégralité des matières premières agricoles et industrielles, dont les prix étaient auparavant le plus souvent fixés sur des marchés économiques, par la confrontation des producteurs et des utilisateurs, fait l’objet à leur tour d’une évaluation sur des marchés financiers spéculatifs, évaluation qui s’imposera ensuite aux entreprises et à leurs clients : Exxon et Total ne fixent plus leurs prix de vente !

Tous ces marchés fonctionnent comme des marchés boursiers. Ils sont voués à subir des périodes d’euphorie, puis de méfiance, enfin de défiance qui se manifestent par un krach des valeurs concernées. C’est ainsi que nous avons connu, ces vingt dernières années, différents épisodes tumultueux : crise boursière en 1987, crise du système monétaire européen en 1992 et 1993, crise des monnaies et des Bourses asiatiques et russe en 1997 et 1998, crise des valeurs Internet en 2001 et 2002. La crise financière actuelle a pris son élan à partir d’une crise immobilière américaine démultipliée par le surendettement des ménages locaux, dont les marchés du crédit titrisé n’avaient aucunement conscience. Elle consiste, depuis juin 2007, en une succession de périodes de krach rampant ou aigu des grands marchés du crédit qui étaient, au moment de l’adoption du plan Paulson, à l’agonie.

Notre avenir est devenu indiscernable. Nous sommes devenus les acteurs involontaires d’un drame financier, économique et social qui se déroule hors de notre volonté. Cependant, il est désormais possible de tirer la morale de l’expérience néolibérale, et avec elle d’imaginer les contours essentiels de la nouvelle économie à construire.

L’entrepreneur a été la dupe du triomphe de la finance. On l’a d’autant plus couvert de louanges que l’on considérait son entreprise comme un pur objet de valorisation financière. Les financiers qui ont rançonné les entreprises refusent aujourd’hui le crédit dont elles auraient besoin pour préserver leur activité.

Le travailleur, qualifié ou non qualifié, a été le perdant radical. Les localisations opportunistes d’emploi sur les sites à bas coût du travail et de la matière grise, au nom d’une concurrence mondiale dictée par les financiers, l’ont placé en position d’infériorité absolue et créé les conditions d’une déflation salariale qui interdit désormais de renouer avec une croissance forte et durable.

Pour qu’une nouvelle économie, plus équilibrée et plus juste, prenne corps, il faudra bien se délivrer des marchés boursiers de différentes sortes que la finance d’inspiration anglo-américaine a imposés pour gouverner le monde.

(*) Auteur aux éditions Gallimard (collection « Le Débat ») du Capitalisme malade de sa finance (1998) ; de l’Avenir du capitalisme (2 005) ; la Trahison des économistes (2008).

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 23:58

Capitalisme en faillite :

Qui doit payer l'addition ?

L'économie mondiale vit l'une des plus graves crises de son histoire. Partout dans le monde, les bourses s'affolent,
les faillites se multiplient, des milliards d'euros partent en fumée.

Capitalistes fous ou folie du capitalisme ?

On veut nous faire croire que le problème vient de quelques patrons ou traders voyous, d'un dévoiement du capitalisme. Faux ! Toutes les banques, tous les établissements financiers privés sont « mouillés ».

On veut nous faire croire qu'il serait possible de moraliser le capitalisme, de le réguler. Illusoire ! Autant essayer d'apprivoiser un requin. La nature du capitalisme c'est la recherche de la rentabilité la plus forte et la plus rapide, quelque en soient les conséquences. Le capitalisme ne se moralise pas, il se combat !

Sarkozy, pompier pyromane

Sarkozy se présente comme le chevalier blanc. Mais toute sa politique vise à nourrir l'ogre des marchés financiers. Par exemple en imposant sans référendum le Traité de Lisbonne qui prévoit que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ». Ou en livrant La Poste à la privatisation.

Il pousse même le cynisme jusqu’à profiter de la crise pour justifier des mesures qui nous enfoncent encore plus dans cette mécanique infernale :

·        D’un côté, il réduit les dépenses utiles : 30.000 postes supprimés dans les services publics prévus en 2009, budget d'austérité (notamment pour la politique de la ville et le logement) et nouvelles coupes dans les dépenses de protection sociale.

·        De l’autre, comme Bush avec ses 700 milliards de dollars ( !!!), il veut renflouer les spéculateurs avec de l’argent public, c'est à dire celui des contribuables. Et tout ça, sans contrepartie, sans même toucher aux logiques et aux pratiques du système. Les pertes pour le public et les profits pour le privé. Inacceptable.

Le Gouvernement annonce même son intention de prélever sur le Livret A de quoi éponger l'ardoise des banques, au détriment du financement du logement social comme de l'épargne populaire : c’est vraiment le comble !

Pour changer la donne, changer de logique

Si l'on veut s'attaquer efficacement à cette crise, il faut s'en prendre aux causes profondes et réorienter l'argent vers l’économie réelle et les besoins sociaux.

·        Il faut commencer par couper le robinet de la spéculation en cessant de favoriser les profits qui alimentent l’incendie financier. Par exemple, refuser de livrer nos retraites à des fonds de pension, ou supprimer le bouclier fiscal pour les plus riches.

·        Il faut imposer la transparence aux banques. L'argent géré par les banques est celui des salariés : il doit être géré de manière limpide. La monnaie et le crédit sont un bien commun, ils doivent être maîtrisés par tous les citoyens.

·        Il faut transformer profondément le système bancaire pour le mettre au service d'une nouvelle croissance créatrice d'emplois et respectueuse de l'environnement. Cela passe par la création d'un pôle public du crédit. Et par une transformation profonde du rôle de la Banque Centrale Européenne, et son contrôle démocratique.

·        Et il faut, ainsi, réorienter l’argent vers les besoins réels : salaires, retraites, allocations. Non seulement ce serait juste, mais tout autant utile pour relancer l'économie sans alimenter la spirale spéculative.

Partout en France, nous avons été des milliers à manifester le 27 septembre à l’appel du Parti communiste pour réclamer un véritable Grenelle des salaires, des retraites et des pensions. Continuons !  ■

 

Une crise financière qui cache une crise sociale

En 20 ans la bourse a quadruplé sa capitali-sation alors que dans le même temps les salaires ont stagné. L'exigence croissante de rentabilité, au détriment des salaires, de la consommation et de l'investissement, a nourri la spéculation financière. On ne sortira pas de cette crise sans s'attaquer à cette récession sociale
 

Décryptage de la crise des subprimes

Acte I : la crise est apparue avec les subprimes aux Etats-Unis, c'est à dire la spéculation sur l'endettement des familles modestes américaines. Les subprimes étaient une suite de paris sur de l'argent à venir, de l'argent virtuel qui ne s'est pas réalisé. Les châteaux en Espagne étaient des châteaux de cartes.

Acte II : Résultats? Faillites de banques, resserrement du crédit pour les particuliers comme pour les entreprises,  remboursements d'emprunts des couches moyennes de plus en plus hasardeux. Par le biais d'un système financier mondialisé, cette crise se propage dans le monde entier.

Acte III : Pour tenter de mettre fin à la cette spirale, les banques centrales interviennent massivement, et partout on annonce des opérations de renflouement des banques en nationalisant leurs pertes. Sans bien sur remettre en question les raisons profondes de cette crise.

Acte IV : Ceux qui nous ont conduit là s'apprêtent à recommencer. Les seules solutions qu'ils connaissent sont celles qui nous ont mené dans le mur. Ainsi de Nicolas Sarkozy qui proposait  par exemple lors de la campagne des présidentielles que les accédants à la propriété « puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. Il faut réformer le crédit hypothécaire » : en d'autre terme, mettre en place la version française des fameuses subprimes à l’origine de la crise financière mondiale.

Il faut changer de scénario.

 

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 23:42

Privatiser La Poste ?

Faut vraiment être timbré!

En catimini, le gouvernement prépare la privatisation de La Poste. Alors qu’aux Etats-Unis, Bush est contraint de nationaliser in extremis des établissements financiers en faillite, Sarkozy veut faire cadeau aux actionnaires d’une entreprise publique utile qui marche. Nationaliser les pertes, privatiser les bénéfices. On croit rêver ! La riposte s’organise, le PCF en est !

La Privatisation de la Poste : c’est NON

 

A l’horizon 2010, Nicolas Sarkozy envisage de transformer La Poste en société anonyme, de l’introduire en Bourse, de la vendre aux capitaux privés. Pour le gouvernement, cette privatisation est un prélude à l’ouverture du marché du courrier en 2011, recommandée par les directives européennes. Derrière les mots, le projet est connu : réduction du nombre de bureaux et des horaires d’ouverture, mise en cause de la péréquation et de l’égalité tarifaire, des personnels et de leur statut, augmentation du prix du timbre, abandon des missions de service public de La Banque Postale, pour drainer l’épargne populaire vers la spéculation et livrer le service public de la communication au marché et à la spéculation.

La Poste, les communications : un bien commun

 

La communication, l’échange postal entre personnes ne sont pas des marchandises mais un droit inaliénable pour chaque personne et pour l’intérêt général. Dans les quartiers populaires, les zones rurales, partout,  La Poste est un lien. Elle est utile au développement économique, notamment pour les petites entreprises les commerçants et les artisans. Les Françaises et les Français y sont attachés. Au lieu de discréditer La Poste depuis des années et de la priver des moyens d’assurer ses missions, on devrait s’attacher à répondre aux attentes des usagers. Les communistes portent des propositions pour qu’elle s’améliore et devienne un modèle de gestion moderne pour l’efficacité sociale, la coopération, la démocratie, le financement de l’économie et pour l’Europe postale. (http://www.pcf.fr/). Mais pour moderniser, il faut avoir encore une Poste. Alors réunissons-nous largement et mobilisons-nous contre la menace de privatisation.

Ensemble, rassemblés, pour faire reculer le gouvernement

Cinq syndicats de La Poste (CGT, Sud, CFDT, FO et la CFTC), représentant 95% du personnel ont appelé à la grève le 23 septembre. De nombreuses organisations comprenant ses syndicats, les partis de gauche, le Collectif de défense des Services publics, des élus, de nombreuses associations regroupant  des usagers lancent un appel pour un référendum permettant d’empêcher cette privatisation. La mobilisation est forte alors que le projet n’a pas encore été publié.

Ensemble, dans nos villes, nos quartiers, nos villages nos entreprises menons un grand débat national pour faire reculer le gouvernement sur la privatisation, pour élaborer un service public de la communication.

OUI ! LA POSTE A BESOIN DE   D’INVESTISSEMENTS. LA CRISE FINANCIERE AC-TUELLE DEMONTRE QUE L’ETAT A LES RES-SOURCES NECESSAIRES POUR DEVELOPPER LE SERVICE  PUBLIC SANS FAIRE APPEL AUX CA-PITAUX SPECULATIFS DU PRIVE. IL A TROUVE DES MILLIARDS POUR «SAUVER» LES ACTIONNAIRES DE « DEXIA ».

NON A L’INTRODUCTION DE LA POSTE DANS LE JEU DE MONOPOLY PLANETAIRE DES CAPITA-LISTES QUI N’ONT PAS POUR VISEE UN MEILLEUR SERVICE RENDU AU PUBLIC MAIS UN PROFIT MAXIMUM DANS UN DELAI MINIMUM.

 


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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 21:28
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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 11:33

 La Poste est en danger.

Le gouvernement est décidé à faire entrer des capitaux privés pour « moderniser » ce service public de proximité, essentiel à notre pays.

Pour les communistes, il s'agit tout simplement d'entamer la privatisation d'un service public essentiel qui appartient à la population. Sans concertation ni même information préalable des salariés de l'entreprise - c'est par la presse que ce projet a été dévoilé - "on apprend que la logique de service public postal doit désormais être soumise aux lois du marché, de la rentabilité financière" !

Ainsi, la disparition programmée des petits bureaux de poste, en milieu rural et dans les périphéries des agglomérations en serait accélérée, au mépris de l'aménagement du territoire et du lien social. Les statuts des personnels seraient définitivement démantelés pour davantage de précarité, accompagnée de milliers de suppressions d'emplois.

Citoyens, Elus, Usagers, nous ne devons pas laisser faire.

 Les communistes tiennent à assurer de leur soutien solidaire les salariés de la Poste et exigent du gouvernement qu'il renonce à ce projet :

  • Ils prendront des initiatives en ce sens, auprès du parlement, du gouvernement, des maires des communes désertées par les services postaux, des usagers, pour enrayer cette démarche.
  • Ils feront des propositions pour une vraie modernisation de la Poste, conforme aux besoins des usagers, compatible avec un vrai statut pour ses personnels, qui réponde à ses missions de service public de proximité par un maillage intelligent de tout le territoire."

SIGNONS MASSIVEMENT la PETITION

 

 

PETITION

« Touche pas à ma Poste ! »

 

  • Je m'oppose à la privatisation de La Poste

Organigramme : Préparation: TOUCHE PAS A MA NON A LA PRIVATISATION

  • Je me prononce pour un Service Public postal moderne et rénové qui réponde aux besoins de la population, sur l'ensemble du territoire

 

  • Je demande l'organisation d'un débat public national sur l'avenir du Service Public postal

 

NOM - PRENOM

CP - VILLE

SIGNATURE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 17:28
"Telle qu’elle me paraît engagée en vue des rendez-vous de fin 2007 puis 2008, la discussion sur le problème capital qui nous préoccupe tous nous confronte à un dilemme de caractère, je le crains, très fallacieux.

 D’un côté, pour le dire succinctement, l’évidence semble bien être que le communisme est mort. Mort comme système social avec l’implosion de l’Union soviétique ; mort comme force politique avec, pour ce qui nous concerne, l’irrémédiable 1,93% de l’élection présidentielle; mort comme proposition intellectuelle avec un effacement public de Marx dont je ne sais si nous mesurons la profondeur, masqué qu’il nous est par un travail de recherche vivace mais confidentiel. Cet état de fait nourrit une conviction susceptible d’être déclinée de diverses façons politiques mais qui toutes optent au fond pour un premier terme de l’alternative : il faut renoncer au communisme.

 D’un autre côté, cette supposée évidence est en tout point contestée. Où prend-on que l’implosion de l’URSS sonnerait le glas d’un socialisme foncièrement repensé à partir des rudes leçons d’hier, quand le capitalisme court à l’abîme ? Que le très mauvais résultat du parti à la présidentielle annulerait les forces qu’il conserve et le dynamisme qui l’anime ? Que le silence médiatique sur les fondamentales vues de Marx ôterait sa pertinence au message du Manifeste ? Il y a énormément à réexaminer, à réinventer, à réengager, nul n’en doute, mais le cap vaut plus que jamais, donc l’instrument historique qui fait corps avec lui. Conséquence : il faut garder le parti communiste.

 Si tel est bien le dilemme à affronter – avec du vrai des deux côtés, mais dans des perspectives inconciliables –, mieux vaut ne pas se leurrer: il n’a d’issue prévisible que dans une séparation de corps entre les uns et les autres. La dialectique n’efface pas les «ou bien..., ou bien...» de l’histoire. Et la logique de l’émiettement de ce qui fut le communisme français peut aller encore au-dessous de 1,93%.

 Mais est-ce le bon dilemme ? Je le conteste pour une double raison. La première est qu’il tourne tout entier autour du communisme – mot et chose – sans que soit vraiment, à mon sens du moins, désamorcé le terrible piège qu’il recèle. De quoi parle-t-on au juste ? À la clarification exigeante du terme  «communisme» tient l’issue du débat et donc l’avenir du combat. C’est par elle qu’il est impératif de commencer. La deuxième raison est que, si on veut bien la considérer avec attention, l’alternative ci-dessus formulée – «il faut renoncer au communisme», «il faut garder le parti communiste» – n’épuise qu’en apparence les réponses pensables, pour la simple raison que sont en jeu deux termes et non un seul: «communisme» et «parti». Je suis quant à moi irréversiblement attaché à une troisième manière de répondre qui me paraît occultée sans raison connue : il faut absolument conserver communisme et radicalement dépasser parti.

«Le communisme»: une terrible équivoque.

 La très grande majorité des Français, y compris sans doute nombre d’électeurs, voire de militants communistes, tiennent pour une parfaite évidence que, selon une formule connue, «le communisme a été essayé, et il a radicalement échoué».

 Dans cette phrase-clef, que veut dire «le communisme»? Pour simplifier, disons : trois choses : 1) la sorte de société qu’ont représentée, par-delà leurs différences, l’Union soviétique, les pays d’Europe de l’Est, une demi-douzaine d’autres dont le Cambodge de Pol Pot (le cas de la Chine fait problème pour tout le monde); 2) le type d’organisation politique qu’avec des variantes ont pratiqué les partis composant le mouvement communiste, le PCF en étant tenu pour une exemplaire illustration; 3) le mode de pensée qu’a longuement donné à voir le«marxisme-léninisme» sous ses diverses figures doctrinales, celles notamment du matérialisme dialectique et historique comme du socialisme scientifique.

 On peut longuement épiloguer sur l’appréciation historique à porter sur «le communisme» ainsi défini, en faisant valoir à bon droit ce qu’on doit aussi lui reconnaître d’apports théoriques, de mérites politiques, d’avancées sociales. Bien rares sont ceux qui pour autant ne l’associent pas à l’idée d’un radical échec d’ensemble, et si pénible que ce puisse être il faut bien en convenir. Sans même parler des crimes, les sociétés qui se sont construites plus ou moins à l’image de l’URSS n’ont semble-t-il eu à terme le choix historique qu’entre disparaître ou s’ouvrir au capital. Les partis nés de la IIIe Internationale – pour ne rien dire ici de la IVe – apparaissent sauf rares exceptions vouées eux-mêmes à l’auto-dissolution ou à la marginalisation. Et si des lectures renouvelées de Marx en donnent à voir toute l’actuelle fécondité, nombre de certitudes doctrinales proclamées par ce qui s’est appelé le marxisme n’ont pas résisté elles-mêmes au temps et ont perdu tout crédit. Seuls des autistes politiques peuvent affecter de le nier: «le communisme» est bien mort.

 Maintenant, revenons un instant à Marx. Chose stupéfiante : ce que lui n’a cessé de penser sous le mot communisme n’a à peu près rien à voir avec «le communisme», c’est même sur nombre de points plutôt le contraire. Avant tout, le communisme n’est ni un état social à instaurer ni un idéal à réciter mais le «mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant». Premier point crucial : un mouvement par quoi avance l’histoire au présent. Mouvement vers quoi ? Vers le complet dépassement du capitalisme, forme la plus extrême des sociétés de classes, le passage à une forme sociale sans classes où s’achève la préhistoire humaine pleine de bruit et de fureur. Mouvement par quoi ? Par la résorption de toutes les grandes aliénations historiques du genre humain – l’aliénation n’étant pas pour lui, comme on semble croire, une disgrâce parmi d’autres mais l’appellation la plus globale de tous les dessaisissements à quoi nous condamne la société de classes dans les domaines les plus divers quoique intimement communicants – économique, écologique, sociétal, politique, éthique, idéologique, culturel, existentiel... Le communisme, c’est l’immense processus, nécessairement mondial bien que nationalement enraciné, par quoi les humains associés se réapproprient leurs puissances sociales de tous ordres et émergent enfin ainsi d’un monde d’horreurs qui n’a rien de naturel.

Une chose et son contraire sous une même phrase.

 Il n’est pas besoin d’être long pour établir que «le communisme» n’a pas eu grand chose du communisme visé par Marx. Les «pays communistes»? Pas un seul ne s’est jamais dit lui-même communiste, et pour cause : en aucun d’eux, quels qu’aient pu en être les mérites partiels, les travailleurs associés n’ont été maîtres de leurs puissances sociales ni libérés de formes classiques ou inédites d’aliénation – à mille lieues du «à chacun selon ses besoins». Stalinisé ou brejnévisé, «le socialisme» n’a nulle part été l’antichambre annoncée du communisme, il lui a au contraire tourné le dos jusqu’à se vouloir «rattrapage du capitalisme». Les «partis communistes»? Même ceux qui se sont nommés ainsi ont retiré il y a longtemps le communisme de leur visée réelle au profit d’un«socialisme» supposé plus réaliste, alors que la conquête du pouvoir censée en ouvrir l’accès s’avérait, elle, inaccessible, de sorte que leur activité de plus en plus alignée sur le calendrier électoral a fait d’eux des partis comme les autres, mais sans chance crédible de devenir jamais dirigeants, les vouant ainsi à une implacable désaffection. Les «idées communistes»? Une enquête montrerait que sous ce qualificatif est massivement placé par l’opinion commune le contraire même des vues de Marx – productivisme, étatisme, dédain de la démocratie et de l’individu... Mais nous-mêmes ? S’il m’est permis de le dire, menant depuis vingt-cinq ans un effort de pensée et de proposition pour que le communisme de Marx prenne place au centre de notre culture, j’ai pu mesurer à quel point son contenu effectif nous est en général resté peu familier.

 On en vient ainsi à un constat aussi décisif que paradoxal : ce que l’idéologie dominante, celle de l’adversaire, appelle «le communisme» – et nous aussi hélas, trop souvent – a si peu de rapport avec le communisme marxien qu’il en est sur plus d’un point le contraire. En résulte un terrible malentendu : le même énoncé – «le communisme est mort, il faut l’abandonner» – est passible de deux significations politiques opposées. Premier sens : «le communisme», tel que l’entend le parler courant – étatisme généralisé, bureaucratisme de parti, doctrinarisme de pensée... – a été décisivement invalidé par l’histoire et c’est dans un tout autre sens qu’il faut désormais chercher – je ne vois pas quant à moi qui peut le contester. Deuxième sens : le communisme, tel que l’a entendu Marx, n’est plus d’aucune pertinence et c’est dans un tout autre sens qu’il faut aujourd’hui s’orienter – avec cela on est fondé à être, et je suis pour ma part, en désaccord radical.

Que «le communisme» soit mort n’est plus à débattre: c’est un fait massif et têtu ; que le communisme soit obsolète n’est en rien établi avant débat : c’est au contraire la question à examiner, et à expérimenter. L’idée si répandue selon laquelle «le communisme a été essayé, et il a échoué»relève de la totale équivoque. Si l’on a en vue ce que le parler courant nomme «le communisme», c’est flagrant; si l’on pense au communisme de Marx, c’est absurde : en ce sens, le communisme n’a aucunement échoué pour la bonne raison qu’il n’a jamais existé nulle part. Même le PCF n’a, sauf exception, jamais encore fait de la politique avec le communisme. On peut certes se demander si le communisme est susceptible de devenir un «mouvement réel», sous quelles formes et par quelles voies au 21esiècle– voilà une question cruciale. Mais se demander s’il faut «abandonner ou conserver la référence au communisme», sans plus de précision, n’a aucun sens clair. Laisser s’engager le débat dans une telle confusion serait à mon sens un désastre.

 Je suis pour ma part de ceux, très nombreux, qui constatent que «le communisme» est mort – et ne nous laissons pas abuser par des apparences: même chez un mort la barbe continue un certain temps à pousser – et qu’il faut non pas simplement «y renoncer» mais en faire très attentivement notre deuil. En même temps je suis de ceux – hélas bien moins nombreux qu’il ne faudrait – qui jamais n’abandonneront le communisme dans l’authenticité et la plénitude de son acception marxienne, et qui considèrent même qu’un tel abandon constituerait la plus impardonnable des fautes historiques.

 II- Communisme : pourquoi ?

 Parce que c’est la seule alternative vraie à ce capitalisme qui sur un rythme accéléré conduit l’humanité à sa perte. En quoi est-ce la seule alternative vraie ? Pour dire en trois phrases ce qui exigerait un gros livre :en ceci que le capitalisme est fondamentalement la mise en privé universelle ; il prive ainsi les humains de la maîtrise collective sur leurs puissances sociales – les avoirs, les savoirs, les pouvoirs. Il est la forme extrême de l’aliénation humaine. Sortir vraiment du capitalisme, c’est donc aller vers la mise en commun universelle de tout ce qui est social en en développant l’appropriation par tous : communisme.

Preuve contraire :l’échec partout du «communisme» sans communisme, ce «socialisme» mensongèrement donné pour «première phase du communisme» quand il lui tournait le dos sur tous les points essentiels – pas d’appropriation collective des moyens de production par les travailleurs associés mais leur confiscation par une nouvelle couche privilégiée, pas de dépérissement de l’Etat mais l’instauration d’un despotisme, et en fait d’émancipation des consciences, une mystificatrice idéologie officielle dépolitisante. Ce qui a été disqualifié par l’histoire n’est pas un communisme qui jamais ne fut «essayé» mais le socialisme sous toutes ses variantes, sans oublier les variantes social-démocrates, c’est-à-dire la promesse intenable d’une désaliénation ne s’en prenant pas au fond même des aliénations majeures. Un seul dirigeant a vu clair au20e siècle dans cette cruciale question du communisme: Lénine, mais dans un contexte où n’existait aucune de ses prés conditions nécessaires. Après quoi tout a été enseveli dans le «socialisme scientifique» stalinisé.

Le concept du communisme nous est encore si peu familier que beaucoup d’entre nous ne peuvent s’empêcher d’y voir un «idéal», une«utopie», oubliant l’essentiel : il s’agit avant tout d’un mouvement réel. On objecte : mais comment dire réel un mouvement qui n’existe pas encore? C’est simple : il n’existe pas encore, hélas, comme mouvement conscient de forces sachant en faire leur visée concrète, mais comme mouvement inconscient de l’histoire, sa réalité crève les yeux. Exemple : «à chacun selon ses besoins», utopie? Mais les révolutions en cours de la productivité réelle annoncent en clair comment une production de prodigieuse efficacité, à condition d’être délivrée des colossaux gâchis capitalistes et réorientée vers les besoins de tous, peut en faire au cours même de ce siècle une réalité naissante. De semblables pistes de réflexion s’entrouvrent partout – rôle décisif des savoirs dans le travail et dépassement du salariat, Internet et démocratie, révolution biomédicale et santé pour tous, métissage étendu et émergence concrète d’un genre humain... Le capital est à la fois le pire ennemi de toute avancée communiste et le très involontaire fourrier de ses pré conditions – Marx et Engels l’avaient déjà bien vu dans le Manifeste. Oui, le communisme n’attend que nous pour devenir mouvement consciemment réel.

 Des vues stratégiques d’une foncière nouveauté.

 Un texte individuel comme celui-ci ne peut bien entendu se proposer de faire ce que seule produira une vaste élaboration collective. Mais simplement considérer de façon attentive l’idée de base que le communisme est le mouvement réel dépassant toutes les grandes aliénations historiques de l’humanité, on voit se dessiner plusieurs vues stratégiques cardinales en rupture avec ce que furent trop longtemps les nôtres.

 Dépassement de toutes les aliénations historiques : le communisme est désaliénation universelle ou n’est pas, non pas seulement parce que chaque aliénation est à résorber mais parce que toutes s’entrecroisent –ainsi l’exploitation économique a vitalement besoin de s’étayer sur la domination étatique et la mystification idéologique. Conséquence : le mouvement réel du communisme, s’il a un caractère de classe, n’est pas celui d’une classe en particulier – même si le peuple ouvrier y est au premier chef concerné – mais de toutes les forces collectives et individuelles avides de quelque désaliénation. Pour reprendre une formule à mes yeux judicieuse, la force communiste dont il est besoin doit être celle non d’une classe mais d’un projet un et divers à la fois : tout ce qui renvoie même de façon très indirecte à la logique infectieuse du capital, tout ce qui constitue un présupposé négatif ou positif de son dépassement possible peut et doit être source de mouvement communiste réel. Le champ des initiatives à prendre est immense.

Dépassement de toutes les aliénations historiques : si l’on entend bien ce terme-clef d’aliénation – métamorphose de nos activités sociales en puissances étrangères écrasantes, telles les dictatures de la rentabilité financière, de la raison d’Etat sarkozyenne, de l’évidence néolibérale... –,en résulte une vue stratégique encore plus cruciale. Car rien ici ne peut-être octroyé : toute réappropriation est l’œuvre propre des personnes elles-mêmes ou n’est pas. Faire aujourd’hui de la politique avec le communisme exige donc de rompre avec ce qui fut l’essence de la culture révolutionnaire traditionnelle, aujourd’hui caduque : conquête du pouvoir d’Etat comme préalable d’une transformation sociale par en haut avec organisation verticale de parti en conséquence. C’est là qu’est le plus essentiel à repenser du tout au tout. Car cette façon d’envisager la désaliénation conduisait droit au maintien dans l’aliénation – c’est le drame du «socialisme réel» et des partis communistes. Si les meilleurs esprits d’hier – Lénine, Gramsci – l’ont pourtant adoptée, c’est qu’il n’y en avait pas d’autre quand manquaient tragiquement les présupposés objectifs et subjectifs d’un mouvement communiste. Le fait capital de ce siècle commençant est que le niveau de développement des forces productives et des individus rend envisageable, et pour une part déjà effective en dehors même de nous, ce qui ne l’était pas naguère : un multiforme processus de réappropriation engagé au présent sur tous les terrains possibles. Le communisme sort de l’«idéal» pour devenir réel.

Dépassement de toutes les aliénations historiques : à son tour, le mot dépassement – celui même de Marx (en allemand: Aufhebung) quand il parle du communisme comme «mouvement réel» – ajoute encore de l’essentiel à ce qui précède. Une désaliénation est inévitablement un processus en temps long, hors de portée d’un acte révolutionnaire soudain même si des décisions de pouvoir peuvent le favoriser, mais c’est un processus que rien ne peut empêcher de s’engager aujourd’hui même. Ceci condamne tout renvoi du dépassement du capitalisme à une après-conquête du pouvoir qui n’est jamais venu dans aucun pays développé, et dans la supposée préparation duquel c’est en fait la subalterne bataille électorale qui accapare sans cesse les forces. Le mouvement du communisme s’engage aujourd’hui dans de tout autres batailles qu’électorales ou ne s’engagera jamais. Par-delà les vieilles images d’Epinal de «la révolution» – du moins pour ce qui concerne les pays les plus développés –, il faut réfléchir à l’idée forte d’évolution révolutionnaire, processus multiforme et inégal mais poursuivi avec esprit de suite d’initiatives engagées, de succès partiels remportés, de rapports des forces modifiés, d’élévation d’enjeu des initiatives dès lors possibles... Oui, on peut faire dès aujourd’hui de bonne politique avec le communisme. Et à moins du communisme, au point où en est le capitalisme, je ne vois pas quelle bonne politique est possible.

Abandonner la référence au communisme ?

Supposons qu’une certaine entente se manifeste sur une vision de cet ordre. Mais pourquoi tenir à l’inscrire sous l’emblème du communisme ? Est-ce bien voir, demande-t-on, à quel point le mot, fût-ce par malentendu, est décrié, donc combien de forces potentielles on risque d’éloigner à vouloir le maintenir? Voilà qui pose bien trop petitement la question d’un mot aussi puissamment symbolique. Si on mesure toute sa portée, je tiens qu’il y a au moins trois raisons déterminantes de persister à nommer communisme le mouvement transformateur à déployer, et communiste la force organisée s’y consacrant.

1 – Un mouvement politique qui se veut grand doit dire en toute clarté ce qu’il est et ce qu’il vise. Vous prétendez dépasser le capitalisme ? Dites-nous sans faux-fuyant par quoi vous comptez le remplacer. Exigence irrécusable, qui exclut l’échappatoire d’une caractérisation purement formelle comme «transformation sociale profonde» – en quel sens? Sarkozy aussi engage une «transformation sociale profonde» – ou négative comme «antilibéralisme» ou même «post capitalisme» – qui peut se contenter de pareil chèque en blanc? Il faut un mot disant sans équivoque vers quelle sorte de société profondément nouvelle on veut dépasser le capitalisme. Le seul mot juste est communisme : au ravage de l’universelle mise en privé, il s’agit d’opposer le processus où se met en commun la maîtrise de toutes les grandes activités sociales. Que malgré tout ce qui au 20e siècle en a révélé les failles profondes le «socialisme» puisse retrouver demain en Amérique latine une certaine crédibilité ou non, l’avenir nous le dira. Pour ce qui nous concerne en tout cas, il est crucial de marquer clairement, en récusant la référence au «socialisme»,la rupture délibérée avec ses formes stalinisées aussi bien que la radicale insuffisance de ses variantes social-démocrates.

 Hésiter à placer notre action sous le signe du communisme, ne serait-ce pas en fait gravement méconnaître à quel point il est déjà tard dans l’histoire du capitalisme ? L’implosion du camp soviétique l’a rendu fou – même des hommes du grand capital s’en inquiètent fort : seul au monde, il fonce désormais vers un abîme, y entraînant avec lui l’humanité. Les Verts ont réussi à faire une grande cause politique du souci écologique; n’avons-nous pas à faire une tout aussi grande cause politique du souci anthropologique, à l’heure où la frénésie schizophrène du taux de profit financier pousse à un point inouï la déshumanisation de nos vies et engage un tragique holocauste du sens de toutes les activités humaines ? Que maints artistes flairent la venue d’un fascisme économique porteur d’autres horreurs que celles même du 20e siècle donne à penser. Beaucoup commencent à le sentir : devient urgente une insurrection générale en faveur du bien commun. Et c’est en un tel moment que nous trouverions judicieux de mettre à la poubelle le drapeau d’une telle insurrection, le mot communisme ? Serions-nous en train de devenir fous nous-mêmes ?

2. À côté de cette capitale raison stratégique, j’en vois une autre non moins décisive : politique au sens direct du terme. Depuis bientôt un siècle est marqué dans la vie politique nationale un emplacement profondément original, celui d’une force tenant une notoire place à part dans l’éventail de «la gauche»: inconfondable d’origine avec le socialisme réformiste, à plus forte raison depuis qu’il s’est mis à tenir le capitalisme pour définitif, mais inconfondable aussi avec l’extrême-gauche trotskiste et toute forme de gauchisme en ce que, refusant le stérile enfermement sectaire, elle ne renonce jamais aux plus larges ententes susceptibles à tous niveaux de faire avancer les choses. Cet emplacement correspond dans la conscience, voire l’inconscient de tous à l’étiquette : communiste. Dans la perspective même, foncièrement inédite, d’un mouvement communiste réel, un tel positionnement politique n’est en rien obsolète ; il ne fait que prendre plus encore de pertinence. Abandonner communiste et par là l’identification à cet emplacement nécessaire gravé dans les consciences et les pratiques politiques relèverait à mes yeux du plus aberrant des non-sens. On peut du reste être certain que si nous commettions cette insigne erreur, l’étiquette communiste ne tarderait pas à être brandie par d’autres, et vu ce qu’ils en feraient nous risquerions bien de terriblement le regretter – mais trop tard, car un tel abandon est aussitôt irréversible.

  3. Ma troisième raison est une contre-raison. À ce qui vient d’être dit, je ne connais qu’une vraie objection, d’allure modeste mais souvent jugée irrésistible : quoi qu’on dise, le mot communisme demeure massivement évocateur de Staline et du Mur de Berlin, de la «dictature du prolétariat»et du «bilan globalement positif», de cent autres choses de même résonance qu’il est superflu d’énumérer ici, et désormais, en plus, du terrible 1,93%. C’est un mot empoisonné, répulsif, inemployable. Nous avons perdu notre crédibilité à un point tel qu’aucune remontée n’est concevable sans un acte symbolique de radicale innovation – cet acte, ce ne peut être que le solennel abandon de la référence communiste.

 Ce qui frappe en premier dans l’audience que paraît avoir cet argument chez nombre de communistes avec ou sans carte, c’est la profondeur du désarroi qu’elle traduit. Oui, alors que nous avons voué nos vies à la plus haute des causes humaines, il y a eu Staline et Pol Pot pour la déshonorer, il y a eu aussi un long cortège de sottises historiques en tous genres pour la discréditer. Il y a eu tout ce qui fait que «le communisme» est bien mort. Quel communiste peut ne pas le ressentir au plus profond ? Mais ce qui relèverait à mon sens d’une extraordinaire inconséquence, ce serait qu’en renonçant au communisme de Marx parce que  « le communisme» l’a odieusement trahi nous mettions ainsi nous-mêmes un incroyable signe d’égalité entre les deux. J’ai eu bien des occasions de parler devant des auditoires divers du communisme tel que l’entend Marx : j’ai bien sûr rencontré plus d’une fois de l’incrédulité – «ce serait trop beau» – mais pas une fois, j’en témoigne, la moindre hostilité. La seule raison de renoncer au communisme serait donc qu’il est le plus souvent confondu avec «le communisme», à plus d’un égard son contraire ? Et par notre abandon nous contresignerions cet invraisemblable malentendu ? Aberrant.

La paille des choses et le grain des mots.

 Certes, dira-t-on, si «communisme» est irrécupérable, il est vrai qu’à communisme il n’y aurait pas de raison de renoncer. Mais c’est que nous savons faire toute la différence entre les deux ; l’opinion, de façon massive, ne le sait pas, au point que vouloir disculper le communisme des fautes du «communisme» passerait pour une pitoyable argutie. Voici justement le point où l’argument se retourne contre lui-même. Car en somme il revient à dire : la bataille pour détromper nos concitoyens sur un point d’importance aussi cardinale est perdue d’avance, mieux vaut y renoncer. Et c’est ce défaitisme fondateur qui donnerait le coup d’envoi à une combative novation politique ? On pourrait dire tout aussi bien – tout aussi mal : la bataille est perdue d’avance pour convaincre nos concitoyens que le capitalisme est dépassable, mieux vaut y renoncer. Terrible est la logique de pareils renoncements : enclenchée, elle devient sans rivage.

 Veut-on oui ou non engager pour de bon le dépassement du capitalisme ? Si oui, il faut se préparer à bien des batailles «perdues d’avance» en se créant les moyens de les gagner. L’une des plus décisives est de donner à comprendre ce qu’a été le drame du 20e siècle: ayant commencé en un temps et un lieu où ses pré conditions essentielles faisaient défaut, le communisme s’est dénaturé en «communisme» voué à terme au plus noir échec. Aujourd’hui, dans des conditions bien plus mûres et fortes des rudes leçons de cet échec, nous pouvons mettre pour la première fois à l’ordre du jour le communisme en son authenticité et sa plénitude. Faire entendre largement cela au peuple français, et aux autres, ne sera ni aisé ni rapide ; tous les bâtons nous seront mis dans les roues – raison de plus pour développer sans délai cette bataille incontournable. Car qui ne comprend pas le drame du 20e siècle ne saura jamais s’orienter correctement dans le 21e. C’est pourquoi retirer le mot communisme en croyant supprimer la difficulté serait un vrai marché de dupes. Le garder nous contraint au contraire à l’indispensable effort suivi d’explication avec les autres et avec nous-mêmes.

 La droite ne nous a-t-elle pas donné une éclatante leçon en la matière ? Dans l’après-guerre, le mot droite était si discrédité par tout ce qu’il avait couvert durant l’Occupation allemande qu’à part une poignée d’extrémistes personne ne voulait s’avouer de droite. Et puis il y a eu Thatcher, Reagan, Giscard, l’offensive néolibérale, une vraie campagne de réhabilitation du mot, et aujourd’hui un Sarkozy a pu s’en faire un triomphal drapeau. Aurions-nous moins d’audace que la droite ? Au reste, si l’adjectif communiste devait, par notre carence, rester captif de son acception répulsive, il faudrait être d’une grande naïveté pour s’imaginer que l’adversaire de classe aurait le bon goût de ne pas stigmatiser une formation authentiquement anticapitaliste en lui collant quand même l’étiquette «communiste», sa répudiation étant dénoncée comme pure hypocrisie.

 De cet argument ne subsiste au fond qu’une chose, mais importante : la nécessité d’une très forte rupture symbolique avec une façon de faire de la politique qui n’en peut plus et dont la plupart ne veulent plus. Je tiens pour fondée cette exigence de rupture. Mais ce avec quoi il faut emblématiquement rompre n’est pas communisme, c’est parti.


 

 

  

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 17:27
suite de la contribution de Lucien Seve

III-
Communisme : comment ?

Donner vie à la perspective communiste esquissée plus haut implique des façons essentiellement nouvelles de faire de la politique et de s’organiser cette fin. Questions déterminantes qui ne trouveront réponse appropriée que dans le mouvement réel – c’est une formidable expérimentation politique en vraie grandeur qu’il s’agit d’engager. À titre exploratoire, essayons d’en dire d’avance un peu davantage en acompte personnel sur une réflexion collective.

Faire de la politique avec le communisme, c’est avant tout multiplier les initiatives transformatrices désaliénantes sur tous les terrains et avec la participation de qui veut. On mesure la maturité objective d’un mouvement communiste aujourd’hui dans un pays comme le nôtre à la spectaculaire abondance des occasions de telles initiatives qu’offre sans cesse l’actualité. Enquêtes accusatrices sur l’insupportable charge de travail chez Renault ou IBM jusqu’à pousser des salariés au suicide, réactions d’enseignants à l’idéologie pédagogique peu croyablement rétrograde sous la démagogie qui traverse toute la «Lettre aux éducateurs» de Sarkozy, refus montant des révoltantes franchises en matière de soins médicaux, adresse de Michel Platini aux chefs d’Etat contre le pourrissement du foot par le fric, sensibilité croissante des professionnels à l’asservissement de la presse, refus massif chez les chercheurs scientifiques de voir réduire le CNRS à une agence de moyens, énormes scandales de gestion à répétition pointant la nécessité de droits nouveaux des salariés dans l’entreprise, profondeur des remous éthiques suscités par l’affaire du test ADN d’appartenance familiale… : il suffit de reprendre une collection récente de l’Humanité pour remplir des pages entières avec les exemples d’initiatives possibles, les plus opportunes étant celles qui touchent au cœur des logiques du capital tout en disposant au départ de quelque atout favorable – reconstruire une confiance dans le succès possible du combat anticapitaliste est de première urgence.

 Mais qu’y a-t-il là de neuf ? S’emparer d’une actualité révoltante pour en clarifier le sens et en dénoncer les causes, montrer la possibilité de faire autrement en avançant des contre-propositions et en engageant des actions, n’est-ce pas à quoi le PCF s’efforce depuis toujours ? Oui bien entendu, il s’y efforce avec mérite selon la façon de faire de la politique qui est la sienne en tant que parti. Le résultat en est connu : affaiblissement continu depuis maintenant près de trois décennies jusqu’à un niveau tel qu’en bien des lieux et domaines la survie même de sa capacité d’initiative est en cause. Impossible d’échapper à la conclusion que quelque chose d’essentiel est à reconcevoir dans cette manière de faire de la politique. Quoi donc ?

 En quel sens «faire de la politique autrement» ?

  Comment se présente en général une initiative du PCF sur un sujet d’importance majeure ? La direction nationale étudie la question, adopte des décisions, lance l’action en invitant toutes les cellules à s’impliquer, à appuyer, à relayer une initiative élaborée au-dessus de leur tête. Dans son principe même, et quelques correctifs secondaires qu’on puisse s’efforcer d’y apporter, ce mode d’initiative à visée désaliénatrice trouve donc moyen d’être aliénant en lui-même: on y saisit l’adhérent en le dessaisissant. Contradiction structurelle, puisque la cellule, organisme territorial «de base» – au sens de tout en bas – n’a ni la taille ni les moyens d’élaborer et animer par elle-même d’amples initiatives transformatrices, alors que son statut généraliste lui fait en principe devoir de les prendre toutes en charge. Quelle que puisse être la bonne volonté des individus, c’est forcément «le sommet» qui décide de ce compte. Sans doute était-ce naguère la seule manière de faire de la politique émancipatrice avec un peuple largement immature ; elle est aujourd’hui d’un intenable archaïsme. La crise flagrante de la forme même qu’est un parti – avant tout instrument de conquête du pouvoir impliquant du même coup pouvoir de la direction sur les militants – fait éclater cette antinomie : le combat pour l’émancipation sociale ne peut absolument plus se mener dans la sujétion militante. Les femmes et les hommes d’aujourd’hui, dans leur masse, exigent le plein exercice de leurs responsabilités. Là n’est pas la moins forte des raisons qui expliquent la mort du «communisme», ni le moindre indice de maturation du communisme.

  Est-il concevable de mener tout autrement des initiatives communistes ? Imaginons. Impératif de base : que jamais leurs acteurs n’en soient dépossédés. Ce qui vaut dès le départ : l’initiative donc naît sur le terrain – groupe d’entreprises ou de services, arrondissement urbain ou grand ensemble, région rurale... – et y demeure. Concrètement :les adhérents d’une section – au sens actuel du terme – décident ensemble des initiatives qu’ils jugent les plus judicieuses dans le contexte qui est le leur – décision révisible, évolutive –, chacun choisissant lui-même à quel collectif d’initiative – nommons-le ici par convention atelier– il veut prendre part. L’atelier a tout pouvoir pour élaborer son initiative : étude de données, appropriation de connaissances, fixation d’objectifs, engagement d’actions... Dans d’autres sections, d’autres régions, des ateliers mènent une initiative analogue : des informations et expériences sont échangées, des problèmes communs mis à l’étude, des objectifs plus ambitieux adoptés... Sans perdre ses racines, sans échapper à la responsabilité plénière de ses acteurs, l’initiative devient l’affaire commune de toute une famille d’ateliers, elle peut se nationaliser, voire internationaliser ; elle devient pépinière de compétences et de porte-parole, instrument de transformation à taille efficace comme jamais cellule n’a pu l’être.

 Les ensembles d’ateliers aux objectifs les plus variés s’interconnectent eux-mêmes en fonction des besoins : une initiative contre les insupportables charges de travail recoupe celles qui visent à de nouveaux droits des salariés, au pluralisme de l’information médiatique, au développement de la prévention sanitaire... Un mouvement politique communiste s’esquisse, dans le prolongement des «mouvements sociaux»de la dernière décennie, mais dépassant par construction leur triple difficulté structurelle: limitation du champ travaillé, absence de débouché politique, par là-même risque récurrent d’instrumentalisation par un parti. Le centre de gravité de l’action politique passe des faits et gestes d’une direction à l’initiative sur le terrain, sur tous les terrains : on commence à rendre palpable une sorte vraiment différente de politique. Est- ce  « utopie» que de voir commencer ici à se dissoudre le rapport aliéné du dirigé au dirigeant, à changer de sens le mot «base», à émerger la politique hors de la forme-parti où elle s’asphyxie?

N’est-ce pas pourtant en revenir au décevant «culte du spontané », incapable de produire une vraie cohérence? Sous cette affleure une conviction ancestrale que chacun porte pour une part au fond de lui-même : la cohérence ne pourrait être produite que par une direction. Qui dit cohérence dirait verticalité, donc maintien nécessaire de la forme-parti. Je tiens que cette conviction est hantée à son insu par un préjugé de classe qu’a relayé dans la tradition communiste un bolchevisme stalinisé : il faudrait toujours un chef. C’est faux. Partout autour de nous fonctionnent des cohérences sans verticalité. Les équilibres biologiques ne sont régulés d’en haut par aucun dieu. Le cerveau humain, explique le prix Nobel Gerald Edelman, produit d’extraordinaires cohérences que n’assure aucun poste de commande, fût-ce cortical. Nombre de chercheurs scientifiques refusent en ce moment même à infiniment juste titre qu’on prétende leur imposer toute autre cohérence que celle du libre mouvement des savoirs fondamentaux. La vérité est qu’il y a deux moyens opposés de produire de la cohérence : une verticalité externe ou une horizontalité interne. En politique, la première est la formule même de l’aliénation, la seconde celle d’une possible désaliénation. C’est celle qu’il nous faut absolument explorer en matière d’organisation s’il est bien vrai que le 1,93% nous condamne à changer de façon radicale sous peine d’entrée dans un coma irréversible. C’est celle qui est déjà à l’œuvre, trop souvent sans nous, dans tant d’efforts au présent sur les terrains les plus divers de la transformation sociale.

 Du parti au mouvement.

Regardons de près ce que requiert pour sa cohérence un mouvement communiste tel qu’on vient de l’esquisser. Les militants à l’initiative dans le maillage général en ateliers n’ont nul besoin d’instances décidant à leur place ; ils apprennent eux-mêmes à décider de façon experte, selon le principe communiste : «Que chaque cuisinière apprenne à gouverner l’Etat!». Ce qui répond à leur besoin n’est pas la délégation de pouvoir à une direction mais la centralisation de savoir au service des acteurs directs – une capitale revalorisation et réanimation du travail d’idées communiste est à tous égards urgente. La cohérence de leurs initiatives repose sur d’incessants échanges : d’informations, de questions, d’analyses, de propositions... Organiser ces échanges avec une efficacité économe, produire une visibilité de l’ensemble, préalable de toute prospective pertinente : c’est le rôle de centres à divers niveaux. Des centres – appelons-les par exemple conseils – ne confisquant rien du pouvoir de décision des ateliers et de leur maillage, redécentralisant sans cesse au contraire des moyens élaborés de mieux décider. Ceci oriente vers une sorte d’organisation politique en rupture avec le parti.

L’idée a prévalu dans les années 90, malgré des avis contraires inécoutés, qu’on résoudrait la crise du PCF en s’en prenant à la centralité – entreprise qui serait foncièrement néfaste si elle n’était impossible: aujourd’hui comme hier continuent bien sûr d’exister à tous niveaux des organismes centraux dans le PCF. Ce n’est pas la centralité qui fait la crise mortelle de la forme-parti mais la verticalité qu’elle recouvre, celle d’une direction détenant seule, par position, les moyens de décider pour tout ce qui compte et qui, voulût-on le contraire, les dépossède  de la maîtrise des initiatives dont ils ont pourtant à être les acteurs. Disons-le sous une forme provocante mais imparable : la verticalité est anti-communiste. Tant qu’on n’aura pas surmonté l’angoisse directionnelle à l’idée d’une radicale élimination de la verticalité, la façon «communiste» de faire de la politique continuera d’apparaître à tous, non sans motif, semblable à celle des autres partis – préjugés anti-communistes en plus et crédibilité de l’accès au pouvoir en moins. Qui veut venir aujourd’hui dans une organisation politique à vocation émancipatrice pour y être dirigé ? Nous venons de payer horriblement cher d’avoir trop peu senti combien se reconnaître dans un dirigeant national de parti, même personnellement sympathique, répugne aujourd’hui à beaucoup. Croire sauver le parti en s’accrochant à la verticalité, ce serait travailler à perdre sans retour le communisme.

Pour engager sur tous les terrains un dépassement du capitalisme au présent, ce dont il est besoin comme force organisée n’est plus un parti mais un mouvement – donnons-lui ici par hypothèse un nom qui dise en clair à la fois sa raison et son mode d’être: Initiative communiste (IC). I C est avant tout dès le départ un maillage naissant d’ateliers qui engagent des initiatives transformatrices dans l’intense échange horizontal qu’ont à tâche de favoriser des conseils de divers niveaux, de la section à l’échelon national. C’est un ensemble de chantiers auxquels participe qui veut, la responsabilité des décisions restant aux adhérents du mouvement. IC n’a pas de direction mais un conseil national travaillant à centraliser l’expérience, cerner les problèmes, organiser le débat, en décentraliser les résultats dans leur pluralité. Des divergences d’orientation se manifestent : on les traite sur le mode de l’expérimentation ouverte soumise au critère de la pratique. Résorption du pouvoir vertical dans la centralité horizontale : nous sortons du parti pour passer à un tout autre type de force organisée, inédit dans la vie nationale, propre à renouveler en profondeur l’attitude des milieux populaires, des intellectuels, de la jeunesse envers la politique.

 Déplacer résolument le centre de gravité de la politique sur les terrains de la transformation sociale n’équivaut en rien à négliger les exigences de la politique institutionnelle, mais à les aborder comme des aspects subordonnés de l’action d’ensemble. Les fortes spécificités de ces tâches dictées par le système institutionnel – batailles électorales, participation à des pouvoirs, relations extérieures... – peuvent suggérer d’en confier l’exécution à des délégations mises en place par le conseil national d’IC. Ces délégations, disposant d’une réelle autonomie d’initiative et d’une forte visibilité publique, ne sauraient pour autant – point capital – jouer le rôle d’une direction : elles se verraient fixer leur orientation par le conseil national et à travers lui l’ensemble des ateliers dont il n’est qu’un organe, restant responsables devant eux de l’accomplissement de leur mandat. Avec la disparition d’un Secrétariat national – mais non de plusieurs porte-parole attitrés –, on passe de très voyante manière au-delà de la forme-parti.

 Par-delà celles et ceux qui se veulent expressément communistes, beaucoup, partageant telle ou telle des mêmes visées anticapitalistes, font dans les conditions présentes un choix différent. La criante nécessité du «tous ensemble» oblige donc à se prononcer sur le mode d’entente à rechercher entre les uns et les autres. Deux hypothèses se présentent : 1) la constitution d’une force alternative unique fédérant des entités distinctes dont l’une seulement se référerait au communisme; 2) la conclusion d’un pacte entre formations diverses, dont la communiste, chacune conservant son autonomie. Je soutiens quant à moi cette deuxième formule, pour la raison qu’à mon sens ne peuvent durablement cohabiter des forces politiques n’ayant pas sur les points essentiels un même projet historique. La spécificité du projet communiste en sa pleine acception est à mes yeux trop forte pour se plier à une vision commune n’y faisant que très incomplètement droit. Préférable me paraît une association à buts concertés en commun – expression publique, initiatives politiques, stratégies électorales... – réservant à chaque partenaire une entière liberté de jugement et une responsabilité plénière sur ses démarches propres.

 Ultime question, non la moindre : comment parvenir à cette nouvelle organisation ? Cela suppose de satisfaire à deux exigences contradictoires.

1) Il est exclu que le PCF soit son creuset, pour cette décisive raison de fond que la verticalité ne peut donner naissance à l’horizontalité. Le croire possible est précisément ce qui conduit à 1,93%. Il faut admettre sans réticence de se placer d’emblée au-delà des organisations existantes pour faire exister une force de nouvelle génération.

2) Mais il est non moins exclu que les adhérents du PCF acceptent de renoncer à leur parti sans garantie majeure quant à l’authenticité communiste de la formation où ils se retrouveraient avec d’autres. Si cette lourde décision devait leur apparaître comme une aventure, ils ne seraient pas nombreux à s’y impliquer. Je ne le ferais pas moi-même. Or le principe d’une telle garantie n’est pas difficile à concevoir : il faut, entre co-fondateurs motivé-e-s de la nouvelle organisation communiste, travailler à un clair manifeste de ses buts et moyens jusqu’à susciter l’accord de tous, ce document de référence servant de préalable aux assises ouvertes qui en constitueront l’acte de naissance. Il ne peut s’agir de demander à quiconque un saut dans l’inconnu, mais bien à tous un saut vers l’avenir.

 Garder le PCF ou renoncer au communisme : ce dilemme condamne à un double désastre. L’issue est d’inventer une force inédite pour donner vie à un communisme du 21e siècle." 

Lucien Séve
7 novembre 2007

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 15:04
Face à la gigantesque crise financière qui secoue la planète, des économistes, syndicalistes, responsables politiques avancent pour l’Humanité dix propositions pour en sortir.

Il faut « moraliser », « réguler » le capitalisme, juger et condamner les « responsables »… Derrière le discours, aux accents volontaristes et indignés, prononcé par Nicolas Sarkozy à New York avant-hier, comme au travers de nombre de commentaires sur le désastre produit par le système financier, une intention se dégage clairement : délimiter, très étroitement, le périmètre du débat qui s’engage sur les leçons à tirer de la crise, les remèdes à appliquer. S’en prendre d’autant plus vertement aux « dérives » de la finance que l’on veut éviter d’incriminer la logique profonde à l’oeuvre dans ce capitalisme financier… Or, le crash des banques, avec tous ses dégâts collatéraux dont l’addition va être présentée aux peuples, est avant tout le produit d’un choix implacable, réclamé par les grands groupes, les actionnaires, et réalisé avec application par les gouvernements depuis plusieurs décennies : donner la priorité au rendement financier sur la satisfaction des besoins sociaux. Au dividende de quelques-uns plutôt qu’à la feuille de paie ou à l’assurance-maladie de tous. Du coup, c’est à un renversement total des priorités qu’il s’agit de travailler. Se libérer de la dictature du capitalisme financier ? Vaste chantier, et pourtant plus actuel que jamais. Plus que des seuls spécialistes de l’économie et de la finance, l’affaire du plus grand nombre. Pour y contribuer, l’Humanité présente ici dix propositions, puisées à des sources diverses à gauche, à la portée de l’intervention populaire, en France et dans le monde.

Yves Housson et Clotilde Mathieu

1. Une réforme du crédit pour affamer la bête financière.

Au coeur de la crise actuelle se trouve le développement d’un certain type de crédits (tels les subprimes), de techniques (titrisation) et de produits financiers qui garantissaient aux banques et aux fonds d’investissement des taux de profit introuvables ailleurs. Les banques ont mobilisé leurs ressources au service de ces jeux purement spéculatifs, au détriment de l’investissement productif et social. Autant dire l’importance cruciale, pour combattre ce « cancer financier », d’une réforme du crédit.

Avancée dès les années 1980-1990 par l’économiste Paul Boccara, appuyée aujourd’hui largement au PCF, à la CGT ou à ATTAC, l’idée est d’instaurer un « crédit sélectif », avec des taux d’intérêts différenciés en fonction de la finalité du projet à financer : d’autant plus bas que les projets seraient créateurs d’emplois, de productions durables, et, à l’inverse, d’autant plus élevés s’il s’agit d’opérations spéculatives. Cette proposition pourrait être déclinée à tous les échelons : régional, national, européen, mondial. Mais elle ne peut trouver toute sa portée qu’en lien avec un mouvement social pour un nouveau type de croissance, que si, dans les banques et les entreprises, les salariés peuvent peser sur les choix d’investissements.

2. Mise en place d’un pôle financier public.

Devant le bilan accablant des banques et autres fonds d’investissements privés, la proposition, portée par de nombreuses voix dans la gauche sociale et politique, de créer un « pôle financier public », investi de missions répondant effectivement à l’intérêt général, prend plus de relief que jamais. Ce pôle, explique ainsi la CGT, consisterait en la mise en réseau d’institutions de statut public, comme la Banque de France, la Caisse des dépôts et consignations, les Caisses d’épargne… Il interviendrait notamment dans les domaines du soutien au développement des PME et du tissu économique local, du financement du logement social, de la politique de la ville, des infrastructures de transports, de la politique industrielle, de l’aide à l’innovation… Le pôle serait placé sous un « contrôle public et social », assuré par le Parlement, les élus locaux, les organisations syndicales, des acteurs de la société civile.

3. Des fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

Face aux difficultés de financement rencontrées par les PME, le PCF a défendu l’idée de créer des fonds régionaux pour l’emploi et la formation (FREF). Objectif : utiliser autrement l’argent des collectivités territoriales alloué au développement économique, afin d’influer sur le comportement des banques et des entreprises. À l’image de la région Rhône-Alpes, certains conseils régionaux se sont lancés dans l’expérience. Ainsi Christiane Puthod, responsable du Fonds rhônalpin, développe ces missions : « J’avais par exemple un patron d’une entreprise de la chaussure - importante dans notre région - qui me disait : "Ma boîte va bien, je n’ai pas besoin de l’argent de la région. Par contre, si vous pouviez m’aider à obtenir un crédit bancaire, c’est ça dont j’ai besoin." Lorsqu’une entreprise a un projet d’investissement et d’emploi, la région se porte garante pour lui permettre d’obtenir un prêt auprès des banques. Doté de 5 millions d’euros, nous levons ainsi environ 50 millions d’euros par an de crédit pour les PME - soit le tiers du total des aides régionales. C’est économiquement et socialement plus juste et plus efficace. L’idéal serait que progressivement le Fonds régional se substitue à toutes les subventions régionales aux entreprises. »

4. Abrogation de la « liberté de circulation des capitaux ».

Si les crises financières se répètent, c’est « parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies », constatent, dans un texte publié au printemps, plusieurs dizaines d’économistes européens (lire notre édition du 16 mars). Mettre un terme à l’instabilité « suppose d’intervenir au coeur du "jeu", c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures », notent-ils. « Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier. » D’où leur appel à « l’abrogation de l’article 56 du traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société ».

5. Changer les statuts et les missions de la BCE.

Objectif unique de lutte contre l’inflation et indépendance de la Banque centrale européenne, injection massive de liquidité pour sauver les banques, la Banque centrale européenne doit être réformée. Pour une politique monétaire favorable à la croissance réelle des entreprises et qui favorise l’emploi, Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unie européenne au Parlement de Strasbourg préconise « de revoir les statuts qui octroient cette toute puissance et même lui fixent cette mission ». La première priorité de la BCE devrait être la croissance de l’emploi en quantité et en qualité. La recherche d’une stabilité des prix serait conditionnée à cet objectif prioritaire. Selon l’eurodéputé communiste, « la BCE utiliserait la puissance de la création monétaire pour inciter au financement d’emplois stables, de bonnes formations et une sécurité de revenu. Un tel objectif serait financé au moyen de crédits bancaires aux entreprises dont les coûts seraient abaissés grâce à des refinancements massifs de la BCE. Les taux d’intérêt seraient d’autant plus bas que les entreprises programmeraient des investissements productifs créateurs d’emplois et de véritable formation pour chaque individu. »

6. Pour s’émanciper du dollar, une monnaie commune mondiale.

Le dollar, monnaie d’échange imposée au monde depuis des décennies, est utilisé par les États-Unis pour faire financer par les autres pays leur gigantesque déficit et asseoir leur domination économique. Face aux dégâts de la suprématie du billet vert, lée de créer une véritable monnaie commune mondiale reprend du poil de la bête. Se substituant au dollar pour l’ensemble des transactions commerciales et financières internationales, elle pourrait être émise par un Fonds monétaire international (FMI) profondément transformé, où les peuples auraient, à égalité, voix au chapitre. Cette monnaie commune pourrait en particulier être mise au service d’une coopération Nord-Sud, pour développer des biens publics comme l’eau, l’énergie, etc., via des crédits à long terme, à taux très bas.

7. Le « SLAM », une limite au profit des actionnaires.

Si la crise met en lumière les ravages des marchés financiers dans la sphère du crédit, elle ne fait pas oublier les conséquences de leur domination sur les entreprises, où l’exigence de taux de rentabilité à deux chiffres se solde par des décisions dramatiques, comme le montre l’actualité quotidienne des fermetures de sites, des plans sociaux, des « gels » des salaires, etc. C’est pour réduire cette emprise de la finance actionnariale que Frédéric Lordon, économiste au CNRS, propose d’instituer, « réglementairement et autoritairement », un seuil limite au profit, « seul moyen de lui ôter toute incitation à pressurer les entreprises, leurs salariés et leurs sous-traitants, en créant les conditions qui rendent la surexploitation sans objet ». Au-delà de cette limite serait appliqué un prélèvement fiscal intégral. Cette « mesure contre la démesure de la finance » est baptisée par Frédéric Lordon du nom de SLAM, pour Shareholder Limited Authorized Margin, ou marge actionnariale limite autorisée.

8. Des droits nouveaux pour les salariés face aux actionnaires.

Le développement des marchés financiers et la recomposition du pouvoir au sein de l’entreprise en faveur des financiers ont privilégié les intérêts des actionnaires au détriment des salariés. Cette dérive conduit à une déresponsabilisation des directions d’entreprise et à l’explosion des rémunérations patronales. L’intervention des salariés sur les choix de gestion des entreprises s’impose pour placer l’économie dans un développement social et sociétal. Dans un entretien paru dans la revue Mouvements, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, proposait « de dépasser la structure de représentation où les salariés sont informés, consultés, mais où ils n’ont pas accès aux lieux où se prennent les décisions stratégiques, qu’il s’agisse de conseils d’administration ou de conseils de surveillance. Certains voudraient réserver aux seuls salariés devenus actionnaires le droit éventuel d’être assis à la table. Nous dénions au propriétaire faisant fructifier son capital ce privilège exclusif, et nous estimons que ceux qui produisent les richesses par leur travail devraient avoir le droit, à ce seul titre, d’être présents là où s’élaborent les décisions. »

9. Un meilleur contrôle interne des banques.

Les salariés de la CGT Banques-Assurances réunis en congrès cette semaine ont avancé une proposition pour améliorer le contrôle interne des banques. Outre l’amélioration des contrôles traditionnels, ils souhaitent que les banques ou opérateurs financiers justifient à chaque comité d’entreprise l’ensemble des sommes échangées sur les marchés financiers, le montant des pertes comme des gains. « Avec un tel " bilan ", nous pourrions interpeller la banque et nous assurer que tous les contrôles sont effectués pour éviter les risques », explique Jean-Jacques Surzur, délégué national CGT du Crédit Mutuel.

10. Valoriser le travail, pour de bon.

Loin d’être le simple produit d’une « dérive » du capital, la crise d’aujourd’hui s’inscrit dans son implacable logique, qui s’est traduite depuis des années par un double processus : inflation des activités financières d’un côté, déflation salariale et récession sociale de l’autre. Partant de cette analyse, la CGT plaide pour une authentique « valorisation du travail ». Une ambition qui passe, à la fois, par un développement d’emplois de qualité, des qualifications des salariés, une revalorisation des salaires, et par un soutien aux investissements productifs, à l’aide d’un crédit bancaire sélectif. Le gouvernement pourrait, sans délai, donner le bon signal en décidant d’une hausse du SMIC et des retraites.

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